16 juin 2006
Le Club Med', c'est Trigano
Le camping, oui... Pas le Club. Son créateur s'appelle Gérard Blitz.
Belge, fils d'un diamantaire d'Anvers, il est champion olympique de natation, héros de la Seconde Guerre mondiale. En révolte contre la société bourgeoise, il fonde, en 1949, une association à but non lucratif. Son nom : Club Méditerranée. Son premier village, dans la baie d'Alcudia, aux Baléares, accueille deux mille trois cents adhérents, recrutés par petites annonces dans Samedi-Soir et L'Équipe. La formule est novatrice : le forfait comprend tout, sauf les dépenses de bar. Les employés sont baptisés G.O. (Gentils Organisateurs).
Surtout pas des gens de l'hôtellerie, recommande Gérard Blitz, ils ne comprennent rien aux vacances. Stakhanoviste du loisir, le G. O. doit être capable dépasser une nuit blanche le sourire aux lèvres, de sauter deux repas sans la moindre défaillance. Ce qu'on attend de lui ? Une disponibilité permanente, de l'imagination, de la vivacité d'esprit et surtout une gentillesse sans limite.
Les G.M. (Gentils Membres) sont installés sous des tentes. Le fournisseur s'appelle Trigano (La tente, c'est Trigano). C'est une entreprise familiale qui fabrique, outre des tentes, des bâches et des stores. Avant de travailler pour elle, Gilbert, le fils autodidacte, écrit pour les chansonniers (Pierre Ferrari, Roméo Cariés) et joue les apprentis comédiens chez Pierre Dux, Fernand Ledoux et Gabrielle Fontan. Il est délégué des Forces unies de la Jeunesse patriotique pendant la guerre. Il rejoint l'équipe en 1954 en tant que trésorier. C'est lui qui incarne le « Club », ou « Club Med' », qui en est le père spirituel.
Le premier village de cases, inspirées des farés polynésiens, ouvre en 1952, à Corfou, en Grèce. En 1957, le premier village de neige est à Leysin, en Suisse. Quant au premier village permanent, il est inauguré, en 1965, à Agadir, au Maroc.
Le sens de l'accueil et le style de vie sont empruntés à la vie polynésienne, tandis que disparaît, en 1957, toute circulation d'argent au Club. C'est le règne du collier-bar entre G.O. et G.M.
Le Club, explique Gilbert Trigano, c'est d'abord et avant tout le village. Dans ce lieu, des femmes et des hommes sont là, disponibles, attentifs, compétents. C'est la formidable union de cette équipe, de ces G.O. (Gentils Organisateurs) et du village qui est la véritable invention du Club. Alors, dans ce lieu privilégié, entourés de cette équipe, nos « clients » deviennent G.M. (Gentils Membres). Ils se reconnaissent dans ce lieu conçu pour eux, ils s'en emparent et y vivent un temps différent, fait de simplicité et de fêtes, d'un égoïsme bienveillant et tolérant.
Ancien communiste, Trigano rêve d'une société sans classes — En slip, il n'y a plus de patrons, plus de cadres, plus d'ouvriers. Les villages se veulent idylliques, remplaçant le Sea, Sex and Sun par le « Sports, Spectacles et Buffet à volonté ». Le bronzage est le signe de ralliement de toute une génération.
Les comédiens du Splendid érigent le Club en mythe à travers leur spectacle « Coquillages et crustacés », adapté au cinéma sous le titre Les Bronzés...
Y'a du soleil et des nanas Darla dirla dada...
En 1969, Gérard Blitz se retire pour se consacrer au bouddhisme zen.
Extrait de "C'est beau mais c'est faux" de Patrice LOUIS © Editions Arléa, février 2000
Le cartésianisme est logique
La doctrine peut-être, pas son nom !
Descartes, ça commence par un « d », cartésianisme par un « c ». On aurait pu, ou dû, parler de « descar-tisme ».
Seulement voilà, le nom latin de l'auteur du Cogito ergo sum est Cartésius.
Ce choix est d'autant plus bizarre qu'en 1637 René Descartes se singularise en écrivant en français, et non en latin comme c'était l'usage.
Les noms de lieux qui suivent et leur gentilé (nom des habitants) ne commencent pas par la même lettre :
Bourg-la-Reine : Réginaburgiens ; Château-Arnoux : Jarlandins ; Épernay : Sparnaciens ; Épinal : Spinaliens ; Fontainebleau : Bellifontains ; L'Isle-Adam : Adamois ; Jargeau : Gergoliens ; Oradour-sur-Glane : Radounauds ; Pamiers : Appaméens ; Pont-à-Mousson : Mussipontains ; Pont-de-l’Arche : Archepontains ; Pont-Sainte-Maxence : Maxipontains ; Pont-Saint-Esprit : Spiripontains ; Saint-Cloud : Clodoaldiens ; Saint-Denis : Dionysiens ; Saint-Dié-des-Vosges : Déodatiens ; Saint-Dizier : Bragards ; Sainte-Menehould : Méné-hildiens ; Saint-Gilles-Croix-de-Vie : Gillocruciens ; Saint-Jean-de-la-Ruelle : Stéoruellans ; Saint-Just-Saint-Rambert : Pontrambertois ; Saint-Omer : Audomarois ; Saint-Ouen : Audoniens ; Saint-Pierrel : Pierrotins ; Saint-Paul-Trois-Châteaux : Tricastins ; Saint-Yrieix-la-Perche : Arédiens ; Villefranche-sur-Saône : Caladois ; Villers-Cotterêts : Cotteréziens.
Alpes-de-Haute-Provence : Bas-Alpins ; Hauts-de-Seine : Altoséquanais ; Yonne : Icaunais.
Île-de-France : Franciliens. Saint-Germain-des-Prés : Germanopratins.
À l'étranger, les habitants de Cadix sont les Gaditans ; ceux de Jérusalem, les Yérosolymitains ; ceux de Rio de Janeiro, les Cariocas ; et ceux de Sao Paulo, les Paulistes.
1. En Martinique, car les habitants de Saint-Pierre (-et-Miquelon) sont les Saint-Pierrais, ceux de Saint-Pierre-des-Corps les Corpopétrussiens, ceux de Saint-Pierre-le-Moûtier les Saint-Pierrois et ceux de Saint-Pierre-sur-Dive les Pétruviens.
Extrait de "C'est beau mais c'est faux" de Patrice LOUIS © Editions Arléa, février 2000
03 juin 2006
Monsieur Carnavalet a donné son nom à un musée
Françoise de la Baume naît au milieu du XVIe siècle. Elle épouse le comte de Montrevel. Devenue veuve, elle convole avec François de Kernovenoy, comte breton, précepteur du duc d'Anjou, écuyer d'Henri IV
En 1548, Jacques des Ligneris fait construire un hôtel particulier au cœur de Paris, sur la rive droite. Trois décennies plus tard, ses héritiers le vendent à madame de Kernovenoy. À nouveau veuve — « très belle et bien aimable », selon Brantôme —, elle revend la maison en 1602. Et c'est son nom qui va rester. Les Parisiens ayant du mal à le prononcer, l'hôtel devient « Carnavalet ».
On peut rencontrer deux autres à-peu-près dans la Capitale : c'est par pudeur que la rue du Poil-au-Con est rebaptisée rue du Pélican (Ier). Le nom d'origine est dû à la présence, au XIVe siècle, des nombreuses « boutiques à péché » qui la bordent. Quant à la rue du Petit-Musc (IVe), elle s'appelait de la Pute-y-Muse.
La langue est riche de ces trouvailles, à l'à-peu-près farpaitement (sic) involontaire : à tire-1'abricot (à tire-larigot) ; le bas de laine de Proust (La madeleine) ; bomber le Corse (le torse) ; un bouc en train (boute-en-train) ; les bras de l'orfèvre (de Morphée) ; connu comme le houblon (loup blanc) ; la croix et la baleinière (la bannière) ; la cuisine de Jupiter (cuisse) ; dans sa Ford intérieure (en son for intérieur) ; découvrir le poteau rosé (pot aux roses) ; en bonnet difforme (bonne et due forme) ; en sortir idem (indemne) ; et lycée de Versailles (vice-versa) ; fier comme d'Artagnan, ou un petit banc, ou un bar-tabac (Artaban) ; je ne le connais ni des lèvres ni des dents (ni d'Eve ni d'Adam) ; ingénieur à Grenoble (agronome) ; les pieds de la dame au clebs (l'épée de Damoclès) ; pousser des cris d'orfèvre (d'orfraie) ; des quantités gastronomiques (astronomiques) ; les quenelles intestines (querelles) ; riche comme Fréjus ou les Russes (Crésus) ; rire à gorge d'employé (déployée) ; saoul comme un poulet de Loué (Polonais) ; le tonneau d'Adélaïde (des Danaïdes) ; tout part à vélo (vau-l'eau) ; vieux comme mes robes (Hérode).
Quelques personnages se glissent dans la liste : l'abbé Rézina (la Bérézina) ; lady de Nantes (l'édit de Nantes) ; le mec le plus ultra (le nec plus ultra) ; les quarante Grecs (les calendes grecques) ; Séféro, ce soldat (ces féroces soldats, de La Marseillaise).
Certaines erreurs finissent par s'installer officiellement : tomber dans les pommes (à partir de « pâmoison »)... Vache espagnole et épagneul (d'espagnol)... breton.
Les langues étrangères conduisent à d'autres à-peu-près : arrivée d'air... chaud (arrivedercî) ; gousse d'ail (good bye) ; Saint-Cloud béret basque (thank you very much) ; Saint-Cloud Ménilmuche (si l'on prononce le
much anglais à la française) ; un p'tit beurre, des touyous (Happy birthday to you !).
Deux illustrations montrent que ces dérapages ne sont pas une exclusivité tricolore :
« Eléphant and Castle » est le nom d'un quartier de Londres reconnaissable à son absence d'éléphant et de château. Il tire son nom de l'épisode du roi d'Angleterre qui devait épouser l'Infante de Castille - titre déformé par ses sujets.
« Keine fisematenten » est la grossière adaptation de « ne pas visiter ma tente ». C'était, en Bavière, la mise en garde des mères à leurs filles que les soldats de Napoléon invitaient à entrer sous leur tente ; en allemand, la formule signifie « faire des chichis ».
Extrait de "C'est beau mais c'est faux" de Patrice LOUIS, © Arléa, février 2000
29 mai 2006
Les calendes sont grecques
Calende est un mot latin, pas grec.
Dans le calendrier grec, les jours du mois commencent avec la nouvelle lune, et les mois sont divisés en trois périodes de dix jours appelées décades.
Dans le calendrier romain, seuls trois jours ont un nom : le premier du mois, les calendes ; le cinquième, les nones ; le treizième, les ides. Les autres se calculent « à reculons » par rapport à eux.
Calendae est donc en usage à Rome, mais pas à Athènes. Renvoyer aux calendes grecques, c'est remettre à une époque qui n'existe pas, reporter à jamais. Selon Suétone, l'empereur Auguste emploie l'expression ad calendas graecas à propos de l'échéance improbable des débiteurs insolvables.
Extrait de "C'est beau mais c'est faux" de Patrice LOUIS, © Arléa, février 2000
Le bridge est un jeu britannique
Peut-être, mais le mot, lui, est russe.
Chez les tsars, deux jeux utilisent le mot biritch pour désigner le « sans-atout ». Quand les diplomates grands-bretons en poste à Constantinople se mettent au whist, ils reprennent ce biritch, contracté en britch par les Turcs, et en font le bridge (« pont » en français).
D'autres avancent pour origine du mot le souvenir du pont (bridge) que ces sujets de la reine Victoria traversent pour aller de leur ambassade au café Le Khédive, où ils pratiquent leur jeu préféré.
Seule certitude: c'est à Constantinople, vers 1850, que le bridge apparaît. Quatre joueurs, dont un, le donneur, choisit l'atout. Son partenaire est le mort. Les deux équipes peuvent contrer et surcontrer à l'infini. Le jeu se développe parmi les diplomates européens, sur la Côte d'Azur et à Paris. Il débarque enfin à Londres. Au début du XXe siècle, ce sont les officiers tout aussi british, mais eux en poste aux Indes, qui inventent les enchères.
Et cette fois, c'est bien un mot anglais qui est à l'origine du chelem - grand ou petit : toutes les levées raflées, ou toutes moins une. Slam veut dire écrasement. Au pays des jeux de comptoir (« Belote, rebelote et dix de der ! »), les bridgeurs passent pour plus cérébraux (« Deux piques, trois carreaux, quatre sans-atout ! »).
Silence, on joue !
Extrait de "C'est beau mais c'est faux" de Patrice LOUIS, © Arléa, février 2000
26 mai 2006
Le béret est basque
Son nom d'origine commence bien par un « b », mais c'est pour Béarn.
Le béret basque, c'est la France. Associé à la baguette de pain sous le bras, au journal tenu d'une main tandis que l'autre s'agrippe à une bouteille de vin rouge, le béret est tricolore. Il se doit cependant d'être bleu marine, souple et rond. En pure laine, il est, dans l'ordre, tricoté, remaillé, foulé, teint, mis en forme, séché, gratté, tondu.
À l'origine, au XVe siècle, il est béarnais. Les bergers des Pyrénées le tricotent avec la laine de leurs moutons, puis le foulent aux pieds des heures durant. L'attribution à la région voisine est due à la couleur la plus utilisée, et qui se trouve être celle que portent les Basques.
Le béret arrive à Paris grâce aux poètes béarnais venus y chercher le succès. Il connaîtra le triomphe. Il coiffe les chasseurs alpins, les Américains aux jeux Olympiques de 1937, les anciens combattants, les miliciens, les maquisards — qui en font l'emblème de l'attachement à la patrie - le général Montgomery et ses unités combattantes, Claudel et Hemingway, Michèle Morgan et Greta Garbo, Fidel Castro et Ernesto « Che » Guevara.
Extrait de "C'est beau mais c'est faux" de Patrice LOUIS, © Arléa, février 2000
25 mai 2006
« À nous deux Paris ! » est l'expression fétiche de Rastignac
Eugène de Rastignac est un jeune arriviste, froid et intrigant.
Il a le sens de la formule. Encore faut-il lui attribuer celle qui lui appartient.
Protagoniste de La Comédie humaine - cycle de romans d'Honoré de Balzac -, présent dans vingt-sept livres, il est étudiant en droit lors de sa première apparition, dans Le Père Goriot (1834).
Eugène de Rastignac avait un visage tout méridional, le teint blanc, des cheveux noirs, des yeux bleus. Sa tournure, ses manières, sa pose habituelle dénotaient le fils d'une famille noble, où l'éducation première n 'avait comporté que des traditions de bon goût.
À la fin du roman, après avoir enterré le père Goriot au Père-Lachaise, en fin d'après-midi, il s'affirme décidé à conquérir Paris.
Rastignac, resté seul, fit quelques pas vers le haut du
cimetière et vit Paris tortueusement couché le long des deux rives de la Seine, où commençaient à briller les lumières. Ses yeux s'attachèrent presque avidement entre la colonne de la place Vendôme et le dôme des Invalides, là où vivait ce beau monde dans lequel il avait voulu pénétrer. Il lança sur cette ruche bourdonnant un regard qui semblait par avance en pomper le miel et dit ces mots grandioses : « A nous deux maintenant ! »
Et pour premier acte du défi qu 'il portait à la Société, Rastignac alla dîner chez M"' de Nucingen.
Pauvre et idéaliste, Rastignac devient gigolo et rusé, pour finir ministre et mari d'Augusta, la propre fille de sa maîtresse.
Extrait de "C'est beau mais c'est faux" de Patrice LOUIS, © Arléa, février 2000
« L'Ange bleu », c'est Marlène Dietrich
« L'Ange bleu » est un cabaret, pas le surnom de Marlène Dietrich dans le film de Josef von Sternberg (1930).
Elle, c'est Lola-Lola.
Dans Der Blaue EngeL, Maria Magdalena Dietrich (dite Marlène, 1901-1992) joue une fille de mauvaise vie, chanteuse dans un bar à matelots d'une ville allemande des années 20, L'Ange bleu. Le professeur Rat (« Prudence » en français) - rebaptisé Unrat (« Ordure » en français) par ses élèves - s'inquiète que ces derniers fréquentent le beuglant. Il va céder à son tour, et le film raconte sa fascination — et sa déchéance — pour cette merveilleuse et vivante perle des bas quartiers (selon la formule de Maria Riva, fille de Marlène Dietrich).
Emil Jannings, qui joue le rôle, est une grande star. L'Ange bleu - premier film parlant tourné en Allemagne -va créer un mythe, celui de Marlène-Lola.
L'actrice entre au firmament du septième art avec son boa de plumes, son haut-de-forme, ses jarretières noires et ses cuisses nues. Le succès du film viendra des cuisses nues de Mademoiselle Dietrich, déclare l'auteur du roman d'où est tiré le film, Heinrich Mann. Autre élément constitutif de la légende, sa voix rauque chantant : Je suis faite pour l'amour de la tête aux pieds.
Marlène Dietrich ne croit pas au succès de l'œuvre qui la révèle à jamais : Je trouvais le film très commun et vulgaire, deux notions fort différentes, selon moi, mais qui se complétaient parfaitement.
Extrait de "C'est beau mais c'est faux" de Patrice LOUIS, © Arléa, février 2000




